Cétacés : la grande mobilisation
Plusieurs centaines de spécialistes ont participé hier à la
neuvième conférence internationale pour la protection des mammifères marins en
Méditerranée occidentale
De la presqu'ile de Giens jusqu'à Fosso Chiarone en Ligurie en
passant par la pointe nord de la Sardaigne, s'étend sur 96 000 km2 depuis le 25
novembre 1999 le bassin corso-liguro-provençal, un sanctuaire marin. Il s'agit d'un
espace maritime dessiné d'une seule main par l'Italie, la France et Monaco, pour
protéger les cétacés dans cette partie occidentale de la Méditerranée la plus
fréquentée par les dauphins et les baleines. Pour preuve, Alexandre Gannier du Centre de
recherche sur les cétacés y recense « 213 dauphins bleus et blancs pour 100
milles ».
Répondant aux attentes des scientifiques et des écologistes, la localisation
géographique de la Réserve internationale maritime en Méditerranée occidentale (Rimmo)
n'est pourtant que la première étape d'un travail de protection des mammifères marins.
C'est l'avis de Mike Riddell, patron du parc d'attractions Marineland et président de la
Rimmo : « Ce sanctuaire est, pour l'instant, une coquille vide. Il est
délimité, mais il n'y a pas encore de règlement intérieur. Nous avons accompli le plus
facile. Reste maintenant à se demander tous ensemble comment nous allons le faire
fonctionner concrètement. C'est un travail de longue haleine. »
Ne pas tout interdire
Un travail qui a débuté hier au palais des congrès de Juan-les-Pins où plus de
trois cents acteurs du milieu maritime se sont retrouvés dans le cadre de la IXe
conférence internationale pour la protection des mammifères marins en Méditerranée
occidentale. Une journée de colloques entièrement tournée vers un objectif : faire
la synthèse des études et avancées scientifiques accomplies pendant cette première
année d'existence du sanctuaire pour extraire de cette assemblée hétéroclite mêlant
scientifiques, universitaires, élus, associatifs, fonctionnaires, pêcheurs,
plaisanciers... un consensus général. Un accord qui devrait, dans quelques semaines,
prendre la forme d'une motion qui servirait de bases aux discussions à venir pour
l'élaboration de la charte de fonctionnement de la Rimmo.
« En aucun cas il n'est question de tout interdire dans cette zone. Ce serait
parfaitement utopique, reconnait Mike Riddell. L'idée, c'est de définir avec tous les
interlocuteurs un projet commun susceptible d'harmoniser et de motiver tout le monde
autour de l'objectif suprême, la protection des cétacés. »
Comme base de discussion, le ministère français de
l'Environnement a proposé hier, par la voix de Nicole Jensen, directrice adjointe du parc
national de Port-Cros, de s'inspirer de cet exemple varois. « Nous proposons de
confier au parc national la mission de coordination de ce projet qui consiste à bâtir
une structure de gestion capable d'opérer une synergie entre tous les acteurs de la mer.
Cet ouvrage a déjà été réalisé avec succès à Port-Cros. »
Nombreuses divergences
Mais malgré les grandes déclarations d'intention, chacun se retranche derrière la
défense de son intérêt personnel. Alex Plusquellec, chef du Comité régional de
liaison des pêcheurs méditerranéens prévient : « Nous sommes très heureux
d'être associés aux discussions, mais il n'est pas question de faire de ce sanctuaire,
une réserve naturelle au détriment des professionnels de la pêche ».
Conscient des divergences de vue qui opposent à l'heure actuelle l'ensemble des
interlocuteurs, Mike Riddell reste pourtant confiant et résolument optimiste envers
l'avenir : « Nous ne pouvons plus faire machine arrière. Nous avancerons à
petits pas mais nous avancerons ».
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