Tous les
plaisanciers, plongeurs et pêcheurs connaissent la Posidonie (Posidonia oceanica)
et beaucoup pensent, à tort, que l'herbier formé par la plante n'est qu'un champs de
poireaux, monotone et ne valant pas la peine d'être exploré en plongée. L'herbier est,
en fait, un milieu d'une rare richesse, abritant en plus de la Posidonie, un très grand
nombre d'espèces d'algues, d'invertébrés et de poissons. Ces espèces trouvent dans
l'herbier nourriture et abri. Un petit effort d'attention pendant la plongée sera
largement récompensé par la découverte de nombreuses merveilles.
1. La Posidonie
La Posidonie est un végétal marin, mais ce n'est pas une
algue. Il s'agit en fait d'une plante à fleurs descendant d'un ancêtre terrestre qui
devait ressembler aux joncs. L'espèce Posidonia oceanica ne se rencontre qu'en
Méditerranée. La floraison, relativement rare, se produit à l'automne et donne des
fruits appelés olives de mer qui, après s'être détachés de la plante flottent et
s'échouent sur les plages entre mai et juin. Les feuilles, également peu dégradables,
s'accumulent (litière) et sont rejetées sur les plages lors des tempêtes. Les feuilles
roulées peuvent aussi former des pelotes, appelées "aegagropiles".
2. L'Herbier : Faune et Flore associées
Les herbiers ceinturent presque complètement la
Méditerranée, ne s'interrompant qu'à l'embouchure des grands fleuves, et constituent un
véritable oasis de vie autour de l'immense désert du large océanique. Au total,
400 espèces d'algues et plusieurs milliers d'espèces animales vivent dans l'herbier (qui
peut descendre jusqu'à 42 m dans les eaux claires de Corse).

3. Rôle de l'herbier de Posidonie
Les espèces végétales se répartissent selon la lumière.
Les animaux se répartissent plutôt en fonction de la nourriture. La Posidonie multiplie
en effet la surface initialement disponible au sol par 20 à 50. Ainsi, sur 1 m2 de sol,
les végétaux et animaux fixés disposent de 20 à 50 m2 pour s'accrocher. De plus, le
lacis formé par les feuilles et les rhizomes offre de nombreuses caches. Les feuilles
sont couvertes de petites algues qui accèdent ainsi à la lumière et de petits
invertébrés filtreurs fixés -ascidies, vers, bryozoaires. Ils sont ainsi exposés à la
masse d'eau et filtrent les particules en suspension. Ces organismes fixés sur les
feuilles, animaux et végétaux, constituent les épiphytes. Les algues épiphytes et
parfois les filtreurs sont la proie d'autres petits invertébrés qui se déplacent sur
les feuilles et les rhizomes en broutant les épiphytes. C'est notamment le cas de petits
escargots marins et de crustacés.
Les échinodermes sont très bien représentés dans l'herbier. On trouve plusieurs
espèces d'étoiles de mer (dont la petite étoile de shériff) et les oursins sont
nombreux. L'oursin comestible mange les feuilles et tout ce qui est fixé dessus, tandis
que le gros oursin violet préfère les rhizomes et les racines de la Posidonie. Les
concombres de mer (holoturies) se nourrissent de leur excréments et des déchets. En
effet, les feuilles de Posidonies sont coriaces et ne sont jamais digérées entièrement
du premier coup.
Les mollusques sont aussi bien représentés, en particulier par les plus évolués
d'entre-eux : les céphalopodes (poulpes et seiches). Les poulpes s'abritent dans des
trous qu'il aménagent "tout confort" alors que les seiches préfèrent se
cacher rès du fond ou entre les feuilles, elles prennent diverses colorations leur
assurant un camouflage très efficace. Tous deux se nourrissent en chassant activement des
crabes, crevettes et petits poissons. Tous deux peuvent également projeter de l'encre en
cas de danger (leurre visuel). Dans les eaux de Port-Cros, la grande nacre (Pinna
nobilis), un autre mollusque, est très présent (et remarquable). Sa forme (en jambon)
lui permet de se planter dans la matte.
Les poissons (carnivores ou omnivores pour la
plupart) sont très nombreux et se nourrissent de crustacés, oursins, mollusques, vers
... On les voit facilement en plongée. L'herbier constitue pour eux un garde-manger
opulent, un g"te et pour certaines espèces une nursery pour les jeunes. Les
entrelacs de feuilles et de rhizomes offrent énormément de caches et d'abris surs.
Toutes les espèces ne sont pas visibles en même tant dans l'herbier. Certaines chasse la
journée alors que d'autres dorment au même moment et ne sortent qu'à la nuit venue.
Quelques prédateurs de pleine eau, comme la dorade, le loup ou la sériole, ne
fréquentent pas vraiment l'herbier mais peuvent faire des "raids" occasionnels.
La saupe est le seul poisson herbivore de Méditerranée et, comme pour les oursins, la
digestion des feuilles n'est que très partielle. Les excréments sont réutilisés par
les holoturies et divers petits crustacés.
Le feuillage agit de plus comme un rempart au courant et, freinant la masse d'eau,
occasionne la chute des particules en suspension. Ces éléments profitent aux petits
filtreurs épiphytes dont nous avons parlés plus haut, mais aussi à d'autres filtreurs
plus imposants, comme les spirographes, les grosses ascidies, et les coquillages bivalves
enfouis dans le sédiment superficiel de la matte. Des éponges se rencontrent également
fréquemment, encroùtant les rhizomes de la plante et se nourrissant par filtration.