Cette espèce est menacée de disparition en Méditerranée
C'est en 1970 que le dernier
phoque moine de Corse fut aperçu dans son dernier bastion; la presqu'île de Scandola
entre Calvi et Porto. Un pêcheur de Galéria, Nino, le sarde explique comment il ruait
les phoques au fusil. Ces bêtes étaient pour lui une calamité: elles attendaient que
ses filets soient pleins pour se servir dans ce garde-manger et peu délicats les phoques
détruisaient le filet. Nino était exaspéré de remonter ses filets vides, troués ou
déchiquetés. Ainsi, il a rué les derniers phoques de Scandola. Partout le massacre a
été perpétré.
Le phoque vivait autour de la Méditerranée et affectionnait les côtes
les plus sauvages, les grottes littorales et les plages de sable où les femelles
mettaient bas les bébés phoques. C'est sans aucun doute l'apparition des moteurs qui a
porté son coup fatal aux phoques. Un moteur sur une barque de pêche traditionnelle et
c'est l'autonomie de navigation assurée : plus d'aléas du vent sur les voiles, plus de
pénibles parcours à la force des bras sur les rames qui limitaient le rayon d'action des
pêcheurs de Méditerranée au voisinage de leur port d'attache. Les pêcheurs motorisés
ont d'un seul coup découvert des eldorados de la pêche: des caps et des baies jamais
exploitées par leurs ancêtres. Ils ont beaucoup péché, peut-être toléré, au début,
les phoques mais rapidement ils ont constaté qu'ils étaient leurs concurrents.

Les phoques se nourrissent de poissons littoraux : les mêmes que les
pêcheurs traquent. Ce fut dans toute la Méditerranée la guerre entre les phoques. Ils
furent exterminés de Corse dans les années 60, de Sardaigne dans les années 70, de
Tunisie et d'Algérie et d'Espagne dans les années 80. Dans leurs derniers refuges de la
Méditerranée occidental, on y rencontre parfois un individu solitaire venu d'on ne sait
où. Aujourd'hui il ne survit qu'en Méditerranée orientale devant le littoral des îles
grecques et turques (entre 100 et 150 individus), et dans l'Atlantique proche de la
Méditerranée : à Madère et au fin fond du Maroc, sur le territoire récemment annexé
du Sahara occidental (entre 100 et 150 individus récemment très affectés par une
maladie virale).
En Grèce les nouvelles sont parfois déroutantes : les pêcheurs tuent
les phoques à la dynamite : 7 phoques étripés dans une grottes à Nera en 1979, 20 à
Chalki (près de Rhodes) en 1985. Les dernières colonies se sont réfugiées là où les
pêcheurs n'osent pas s'aventurer: autour des îlots désertiques convoités par les grecs
et les turcs. Les canonniers des marines turques et grecques se surveillent et jouent à
cache cache autour de ces îles, ils protègent sans le savoir les derniers phoques de
Méditerranée.
En Turquie comme en Grèce des voix s'élèvent pour créer des parcs
marins pour ces derniers phoques et indemniser les pêcheurs pour le manque à gagner. Les
premières initiatives ont porté leurs fruits des deux côtés des îles convoitées, des
parcs ont été créés, les pêcheurs et plaisanciers sont sensibilisés. Le temps
presse, certains craignent qu'il soit déjà trop tard. En effet, les derniers phoques
font partie d'une grande famille de proches parents : ainsi les survivants vont-i!s mourir
à cause de leur pauvreté générique; vont-ils disparaître a cause de leur
consanguinité ? Le phoque moine est désormais inscrit parmi les dix animaux vertébrés
les plus menacés d'extinction au monde.
Extrait du fascicule Mer Vivante Méditerranée
