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Lorsque l'on est plongeur, ce sont elles que l'on va souvent voir. On vient même des quatre coins de l'Europe pour glisser le long des tombants qui bordent notre côte. Sans les gorgones, disent les connaisseurs, le monde sous-marin perdrait de sa beauté. Ces animaux-fleurs s'épanouissent comme de longues chevelures, de couleur rouge, jaune, pourpre, blanche... Baptisées ainsi en référence au monstre mythologique décapité par le héros grec Persée, les gorgones sont atteintes d'un mal mystérieux qui les anéantit. Début juillet, des plongeurs de la région ont commencé à alerter les scientifiques. Ils constataient que la structure vivante qui habille le squelette de ces animaux fixés, était en train de se désintégrer, de disparaître, pour ne laisser qu'une carcasse. Les appels se sont multipliés par la suite, notamment entre la mi-août et la mi-septembre, décrivant un phénomène de grande ampleur, et particulièrement soudain. " Parfois, des colonies entières ont été affectées en une seule journée, explique le Dr Patrice Francour, chercheur-enseignant au Laboratoire Environnement marin littoral de l'université de Nice. Elles ont été totalement détruites alors que la veille encore, elles semblaient intactes. " Destruction irrémédiable On sait aujourd'hui que cette mortalité massive (de 70 à 80 %) affecte toute la côte depuis l'Italie (Portofino) jusqu'à Marseille. L'impact serait plus faible en Corse, dans la région de Calvi (de l'ordre de 10 %). " Plusieurs espèces sont ainsi touchées de façon irrémédiable : la grande gorgone bleue (Paramuricea clavata), la blanche (Eunicella singularis), l'orange (Lophogorgia ceratophyta) et, dans une moindre mesure, la gorgone jaune (Eunicella cavolini). Il faut se rendre compte que pour obtenir un individu mesurant 60 cm de haut, il faut environ vingt ans. Or, il est évident que les gorgones touchées ne repartiront pas. Cela prendra donc des années avant de revoir les grands tentacules des gorgones. " Les éponges sont également touchées, ainsi que le corail rouge et certains coraux coloniaux (Cladocora caespitosa). Les scientifiques sont en train de se pencher sur ce grave problème écologique et économique dans la mesure où il contribue à l'attractivité du tourisme sous-marin. Une sorte de réseau d'alerte a été mis en place à Nice et à Marseille. " Certaines personnes nous ont raconté qu'elles avaient déjà vu cela dans le passé. Mais de façon très localisée. Cela a été le cas en 1984 à La Ciotat, à la suite de deux jours d'orages très intenses qui ont provoqué des ruissellements considérables. Mais cette fois-ci, c'est apparemment la première fois que le phénomène est aussi généralisé... "
Une température élevée en profondeur La cause serait à rechercher dans la température de l'eau. Les chercheurs y ont pensé très rapidement. Les relevés effectués par la station océanologique de Villefranche-sur-Mer ont en effet révélé une température de l'eau anormalement élevée en profondeur. " Depuis 5 ans, c'est la première année où l'eau est à 24 degrés à plus de 20 mètres de profondeur pendant une longue période. Habituellement, ce pic à 24 degrés n'est atteint que quelques jours. Cet été, il est resté constant pendant près d'un mois, entre mi-août et mi-septembre. " Il semble cependant que ce ne soit pas la température élevée qui soit directement à l'origine de la mort des gorgones, mais une prolifération bactérienne induite par la masse d'eau chaude. Des analyses sont actuellement en cours, pour déterminer l'origine du mal. Reste à savoir si ce pic de chaleur en profondeur est un phénomène exceptionnel ou s'il s'inscrit dans un cycle de réchauffement. Il est vrai que cet été, il n'y a pratiquement pas eu de mistral, y compris sur Marseille, et que cela a contribué au maintien de la température. Mais depuis quelque temps, on parle également d'un réchauffement des eaux très profondes de la Méditerranée, de l'ordre de 0,2 degré en trente ans, et de la présence d'espèces qui, habituellement, s'épanouissent plutôt du côté des côtes africaines ou orientales... Aucune hypothèse n'a pour le moment été retenue. Les scientifiques enquêtent.
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